Accueil Date de création : 28/05/06 / Dernière mise à jour : 15/03/08 10:53 / 2909 articles publiés
 

Baup: 'Quand un entraîneur parle, c'est comme s'il pissait dans un violon' (Football) posté le mercredi 19 septembre 2007 20:48

Blog de lagazettesportive : LA GAZETTE SPORTIVE, Baup: 'Quand un entraîneur parle, c'est comme s'il pissait dans un violon'

Toulouse jouera deux matches en 45h. Tel est l'impact de la décision de la Ligue qui, en février dernier a autorisé qu'un club engagé en UEFA puisse jouer le samedi. Question d'argent et de pression. Il faut bien nourrir les magazine de foot du samedi soir et dimanche matin. Elie Baup répond à L'Equipe et revient sur ce qu'il qualifie d' "un truc de fou".

« Elie Baup, Toulouse va jouer deux matches à 48 heures d'intervalle, jeudi contre le CSKA Sofia en Coupe de l'UEFA puis samedi en L1 face à Lens. Comment vivez-vous cette situation ? Est-elle inédite pour vous?

Totalement. Ça ne m'est jamais arrivé. Déjà, pour moi, il y a 45 heures entre les deux matches (NDLR, entre la fin du premier programmé à 20h30, et le début du deuxième, à 20 heures). C'est compliqué. Avec d'autres collègues, on avait soulevé le problème à l'époque où ce nouveau règlement était passé. C'est un truc de fous. Il y a un danger évident d'accroissement du risque de blessure. Mais bon, aujourd'hui, quand un entraîneur parle, c'est comme s'il pissait dans un violon. Je ne suis pas un novice dans le métier. Je vois bien que plus ça va, et moins ce qui relève du terrain est écouté.

Pourquoi ?

Il a tellement de business... C'est de plus en plus difficile d'éduquer, de vraiment travailler. On pose les mecs sur le terrain, ils repartent, on les achète, on les vend, il n'y a pas de complémentarité, pas de projet sportif. A Toulouse, on essaie de franchir des caps, mais le boom qu'on a eu avec cette participation à la Ligue des champions était imprévisible. On ne pouvait pas refuser d'y participer ! Ce n'est pas de notre faute si les autres clubs ont moins bien marché que nous la saison dernière.

Pour éviter tout risque, allez-vous aligner deux onzes de départ différents ?

On ne peut pas ! Vu la façon dont les calendriers sont faits, je prétends qu'il faut pouvoir jouer avec deux équipes différentes quand il y a quatre compétitions. Ici, à Toulouse, on a beaucoup de mal à avoir tout le monde à cause des blessures. On n'a pas fait un recrutement démentiel. (Voix lasse) Je passe mon temps à modifier mon équipe, je ne peux pas avoir de onze-type, pfff...

Combien de vos joueurs participeront aux deux matches ?

Je ne sais pas. Je ne peux rien dire. Il y aura sans doute une ossature. Je suis obligé de gérer au jour le jour. On est rentré de Marseille avec trois-quatre petits bobos. Ils sont réglés depuis aujourd'hui seulement (l'entretien a eu lieu mardi). Pour vendredi, je ne sais pas.

Allez-vous changer votre façon de travailler pour ce cas particulier ?

Oui, on a mis en place une stratégie sur trois jours. On restera à l'hôtel, au vert, où tout sera axé sur les soins, la récupération, le sommeil, avec des repas adaptés.

Comment les joueurs vivent-ils la situation ?

Les joueurs subissent eux aussi. Au fond d'eux, ils savent qu'ils seront à la limite et qu'ils risquent la blessure.

Le risque n'est-il pas moins la blessure que le recours au dopage pour dépasser la fatigue ?

La répétition des matches met les organismes à rude épreuve. Il peut y avoir ce réflexe. Il faut quand même se poser la question de savoir comment, dans certains sports, on en est arrivé à une situation de dopage à grande échelle. Il va de soi que la démesure dans l'utilisation du corps n'est pas saine. En plus, on entend dire en permanence que le Championnat n'est pas spectaculaire, que le jeu n'est pas créatif. Mais il faut de la fraîcheur physique pour ça. Il faut pouvoir multiplier les appels, les contre-appels, se démarquer, courir. Allons, il faut de la récupération.

Comprenez-vous les arguments qui ont poussé la Ligue à autoriser cette situation, arguments liés à la diffusion des résumés de matches le dimanche matin ?

Je ne les comprends pas et je ne peux pas les comprendre dans la mesure où la santé des joueurs n'a pas été prise en compte, pas plus que l'avis des techniciens. J'ai eu écho de ce qui se dit dans certains clubs où d'autres se sont insurgés. C'est Jean-Claude Plessis (NDLR, président de Sochaux et président de la commission marketing de la Ligue) qui a dit à son préparateur physique qu'il ne fallait pas oublier qui lui donne à manger. A ce rythme-là, autant aller faire autre chose.

Elie, pourquoi ne le faîtes-vous pas ?

L'amour du foot, la relation avec les joueurs, le football, le jeu... Dès qu'il y a un terrain, un ballon, des chasubles, on oublie tout et on se plonge dans le projet. Mais pour tenir, il faut avoir cette folie.

Votre président, Olivier Sadran, fait partie du conseil d'administration de la Ligue...

Il m'a ramené les règlements pour m'expliquer qu'il ne pouvait pas changer la situation (NDLR, Lens, Bordeaux, Rennes et Sochaux auront trois jours entre leurs matches). Il m'a dit qu'il faisait partie des présidents qui avaient voté cette chose. Sans doute ne pensait-il pas avoir à la vivre. Bon, maintenant, on verra bien les dégâts après le match de samedi.

Il y a aura forcément des dégâts samedi ?

Si ce n'est pas samedi, ce sera après le troisième match, en Coupe de la Ligue, mercredi contre Caen. C'est un véritable marathon qui nous attend, on a sept matches en trois semaines. Pour l'instant, je prépare le CSKA Sofia. Que puis-je faire d'autre ? »

Recueilli par Cédric ROUQUETTE (l'Equipe)

SEB

Retrouvez tous les articles

Déposez un commentaire !


Mieux vous connaître (facultatif) :

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.103.63.61) pour vous identifier.

Tous les commentaires liés à l'article : Baup: 'Quand un entraîneur parle, c'est comme s'il pissait dans un violon'

  • Strato a posté :jeudi 20 septembre 2007 14:29

    Cet interview est fort, très fort ! Il ne mesure aucun mot (si ce n'est sur deux trois sujets qui pourraient lui coûter quelques matchs, vaut mieux se taire !)

    Sadran doit se retrouver comme un con, et je ne comprends pas (et tolère pas) l'idée de favoriser la retransmission télé plutôt que la santé des joueurs !!!!!!!! Alors Sadran, ça fait quoi d'être victime de ses propres votes ?!
    (Baup t'en dira deux mots...)

 -