Djokovic-Tsonga, c'est évidemment une affiche surprise pour cette finale 2008 de l'Open d'Australie. Mais les deux hommes n'ont pas volé leur place, au terme d'un parcours époustouflant marqué par leur jeu audacieux. Etat des lieux avant le grand duel, qui sera aussi une grande première entre les deux hommes.
LEUR PARCOURS :
C'est bien simple : Novak Djokovic rend une copie parfaite. Le n°3 mondial n'a pas perdu le moindre set en six matches ! Son chef d'œuvre, c'est bien sûr sa victoire face au Suisse, qui a tout de même servi pour le gain du premier set et manqué deux balles de troisième manche.
Tous les voyants sont également au vert pour Jo-Wilfried Tsonga, qui est tout, sauf un finaliste chanceux ou hasardeux. Dès le premier tour, "Jo" avait frappé fort en éliminant en quatre sets l'un des outsiders du tournoi, l'Ecossais Andy Murray, 9e mondial et récent vainqueur à Doha. Après deux tours "en contre" bien négociés, le Manceau a ensuite sorti son pote Richard Gasquet, en quatre manches également. Ensuite, Tsonga a été touché par la grâce : trois sets énormes pour se débarrasser du 14e mondial, Mikhaïl Youzhny, alors qu'il disputait son premier quart en Grand Chelem. Et trois sets hallucinants, du tennis total, pour dynamiter la muraille Rafael Nadal. Avec deux jours pour récupérer, Tsonga sera sans doute au top physiquement.
LEURS RECORDS :
Novak Djokovic a déjà frappé un grand coup dans ce tournoi en battant Roger Federer en demi-finales. Le premier Serbe en finale des Internationaux d'Australie a mis un terme à dix finales en Grand Chelem d'affilée pour le Suisse. Djokovic a aussi stoppé une série de 19 succès de suite de "Rodgeur" en Australie. "C'est tout simplement incroyable de faire ça, de battre en trois sets l'un des plus grands joueurs de tous les temps", s'est extasié le Serbe après sa performance.
Jo-Wilfried Tsonga a déjà marqué de son empreinte l'histoire du sport français. A 22 ans, il est en effet le plus jeune joueur de son pays à disputer une finale en Grand Chelem et le premier à le faire après seulement cinq participations dans les tournois majeurs. Il est aussi le seul Français depuis 1973 et l'instauration du classement informatisé à gagner trois "top 10" dans un même tournoi majeur. L'élève d'Eric Winogradsky est par ailleurs le troisième Français à atteindre la finale des championnats d'Australie, après Jean Borotra en 1928 et Arnaud Clément en 2001. "Je ne me voyais sûrement pas en finale, je ne m'imaginais même pas au deuxième tour quand j'ai vu le tirage, racontait "Jo" après la demi-finale. Mais pour bien faire, il faut gagner maintenant." Une victoire, on le sait, lui permettrait de prendre la succession de Yannick Noah, dernier Français vainqueur d'un Grand Chelem, à Roland-Garros en 1983.
LEURS ARMES :
Novak Djokovic est le prototype du joueur complet. Le joueur de Belgrade n'a aucune faiblesse : une bonne première balle de service très délicate à lire, une solide deuxième très liftée, un revers à deux mains inébranlable, un coup droit sûr plein de punch, du toucher, une bonne volée et, c'est plus récent, un physique longiligne et résistant, ainsi qu'une confiance au zénith. "Physiquement, ça va mais psychologiquement, je me sens fatigué", a confié "Nole" après avoir dominé Federer. Et Djokovic aura l'avantage de disputer sa deuxième finale de Grand Chelem de suite, après l'US Open 2006. Un surcroit d'expérience qui pourrait compter…
Les métaphores ou les comparaisons se sont multipliées pour qualifier le jeu et la personnalité de Jo-Wilfried Tsonga sur le court. Le Tsunami Tsonga pour les uns, le Muhammad Ali du tennis pour d'autres. Avec son punch et son jeu destructeur, Tsonga dynamite le court et ses adversaires. Il peut aligner les aces avec sa première balle de service, mais sa deuxième est aussi très solide et sûre. Il fait peu de "doubles". Son coup droit explosif est sans doute son atout maître, mais pas seulement. Décrié lors de ses années juniors, son revers à deux mains n'est plus un point faible aujourd'hui. Il sait le couper, le frapper le long de la ligne, le croiser… Mais ce qui épate le plus dans les progrès de "Jo", c'est son jeu de jambes, formidable compte tenu de son gabarit. "Je volais comme un papillon", s'amusait-il après avoir estourbi Nadal. Sa couverture de terrain est énorme, y compris au filet où "il prend de la place", à défaut d'être parfaitement fluide.
LES (POSSIBLES) CLES DU MATCHS :
Malgré tout ce qui s'est passé au cours de la quinzaine, Novak Djokovic peut être considéré comme légèrement favori. Il est plus jeune que le Français, mais l'expérience des grandes finales est pour lui. Sans doute plus complet, le Serbe cherchera sûrement à neutraliser "Jo" sur son côté revers, comme il l'a fait parfaitement face à Federer. Sa capacité à bien retourner pourrait également s'avérer décisive sur les points importants, telles les balles de break. Par ailleurs, le début de match pourrait être crucial, car "Nole" tout comme Tsonga n'a jamais été en difficulté au score pendant cette quinzaine.
La grande question est : Jo-Wilfried Tsonga subira-t-il le poids de l'événement ? Tout laisse espérer qu'il n'en sera rien, tant le Sarthois a été serein en quarts et en demi-finales. Autre interrogation : pourra-t-il rééditer son incroyable performance face à Nadal ? Les questions que l'on se pose, Tsonga, justement, ne se les pose pas. Jusqu'à maintenant…
David











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